Raymond Gid est mort le dimanche 12 novembre, à Paris. Né le 25 novembre 1905, Raymond Gid s’est d’abord fait connaître par ses affiches après des études aux Beaux-Arts. Cinéphile, il en conçoit pour de nombreux films, dont Vampyr de Dreyer (photomontage, 1932), Le Silence de la mer de Melville (1949), Les Diaboliques de Clouzot (1955).

Mais la rencontre de Guy Levis Mano (éditions GLM), éditeur ettypographe, oriente bientôt Gid vers le livre. En 1935, il publie avec le photographe Pierre Jahan le Dévot Christ de Perpignan et Chats, Chiens de Ylla. Période intense: il côtoie Dufy, Le Corbusier, Colin, Lurçat et reçoit la médaille d’or de l’affiche lors de l’Exposition internationale de Paris (1937). Il réagit à la guerre d’Espagne par une affiche “de secours aux populations civiles.”.

Avec le père Carré, la “bête-à-bon-Dieu” de la Résistance, Raymond Gid aborde la mise en page de textes liturgiques. Apocalypse Six (un extrait du texte biblique de saint Jean) paraît après la guerre. Il s’agit d’une de ses oeuvres majeures, un travail sur la lenteur et le découpage du texte composé en Peignot – caractère conçu par Cassandre en 1937. Il signe plusieurs affiches d’après-guerre, dont “semaine de l’absent,” une simple croix de Lorraine croisant ses fers barbelés se détachant sur un fond morne.

Raymond Gid à Lure en Provence (sous le point rouge sur notre image). Accompagné, de gauche à droite par Massin, Ionesco, Leibaers, et Excoffon. Image tiré du Dossier Vox prépapré par Fernand Baudin, publié par Remy Magermans pour le compte des Rencontres Internationales de Lure (vers 1975).

Raymond Gid à Lure en Provence (sous le point rouge sur notre image). Accompagné, de gauche à droite par Massin, Ionesco, Leibaers, et Excoffon. Image tiré du Dossier Vox prépapré par Fernand Baudin, publié par Remy Magermans pour le compte des Rencontres Internationales de Lure (vers 1975).

Dès les premières rencontres de Lure (1954), en Provence, Raymond Gid participe aux réflexions sur la typographie, où se côtoient notamment Maximilen Vox, Gérard Blanchard, Charles Peignot, Roger Excoffon. Raymond Gid met en page et illustre Dialogues des Carmélites de Bernanos (1954), puis quelques pages dans Caractère Noël 1955 dédié à son ami, le créateur de caractères néerlandais Jan van Krimpen. Il joue avec la respiration du texte, à la manière de Mallarmé, comme dans son Livre d’heures (1959) ou son Apocalypse (1964) avec lequel il remet au goût du jour les gloses du Moyen Age. Il conçoit aussi des affiches comme celles pour le Club Méditerranée (1961), Bally (1976) ou, plus graves, comme celle d’Amnesty International (1973).

Toute sa vie, Raymond Gid restera aussi attaché à l’art typographique. Il aime essayer de nouveaux caractères dans ses compositions, les mélangeant à ses dessins très libres, comme dans ce spécimen du Messidor publié par l’Imprimerie nationale (1985).

Il est l’auteur de plusieurs ouvrages de référence sur le métier et la création typographique: “Célébration de la lettre” (1962), “De Plomb, d’encre et de lumière” (ouvrage collectif, 1989 ?), “Typographies” (1998). Il ne verra jamais imprimé le travail de mise en page imprimée qu’il terminait cette année (2000) avec des jeunes de l’École Estienne: “La Barque de mort” qu’il avait traduit de D.H. Lawrence.

Credits

Copyright 2000, Jean-François Porchez et Le Monde, tous droits réservés.

Liens

Dans le jardin de Rayomond Gid

Remerciements

Merci à Jean-Paul Martin pour sa relecture attentive et ses remarques pertinentes. Également à Laurent Greilsamer au journal Le Monde sans qui cet hommage n’aurait pas pu être publié.