Le créateur de caractères typographiques Ladislas Mandel est mort à son domicile du Paradou (Bouches-du-Rhône) samedi 21 octobre. Il était âgé de 85 ans. D’origine hongroise, né le 26 mai 1921 à Oradea (Roumanie), il arrive en France en 1936 et étudie aux Beaux-Arts de Rouen. Mandel est engagé chez Deberny et Peignot en 1954 et devient l’assistant d’Adrian Frutiger, alors jeune directeur artistique de la fonderie de Charles Peignot.

D’origine hongroise, né le 26 mai 1921 à Oradea (Roumanie), il arrive en France en 1936 et étudie aux Beaux-Arts de Rouen, puis à l’Académie Ranson où il pratique la sculpture, la peinture et la taille de pierre. Durant la seconde guerre mondiale il prend part à la Résistance à Toulouse au sein de la 35e Brigade FTP-MOI, puis à Lyon où il rencontre Cécilia Babicka (1914-1995), médecin dans la Résistance, qui allait devenir sa femme.

Mandel est engagé chez Deberny et Peignot en 1954 et devient l’assistant d’Adrian Frutiger, alors jeune directeur artistique de la fonderie de Charles Peignot. Il devient chef d’atelier dès 1955, puis prend la succession de Frutiger en 1963. Il y développe des techniques graphiques pour concevoir plus efficacement des caractères adaptés à la photocomposeuse Lumitype.

En 1968, il est directeur artistique chez Lumitype, devenue Photon International, et crée de nombreux alphabets pour différents systèmes d‘écriture, comme les Mir cyrillique, Rashi hébreu, Nasriphot arabe, Cadmos grec. Installé à son compte en 1977, il devient le spécialiste des caractères destinés aux annuaires téléphoniques.

Le Messidor pour Victor Hugo

Sa grande culture typographique et son ingéniosité technique lui permettront de nombreuses innovations améliorant la lisibilité et procurant une économie substantielle de papier à ses commanditaires.

Il crée notamment le Galfra (1975-1981) pour les annuaires italiens, puis d’autres pour différents pays occidentaux, dont la France avec le Clottes (1985) qui est toujours employé dans nos annuaires.

Sa dernière création commerciale sera le Colorado (1998), conçu avec Richard Southall pour l’US West Directories. Suivront des créations personnelles, les Solinus et Laura, issus de recherches sur l‘évolution de l‘écriture humanistique de la Renaissance.

En 1983, le ministère de la culture le charge de dessiner le Messidor, un caractère de tradition culturelle française, pour rééditer les oeuvres complètes de Victor Hugo. La même année, il écrit un rapport sur les perspectives de la création typographique en France pour le ministère de la recherche et de l’industrie. En 1985, il est à l’origine de l’Atelier national de création typographique, sous l‘égide du ministère de la culture.

Dans l’atelier Deberny & Peignot: Ladislas Mandel. Photo Albert Boton.

Dans l’atelier Deberny & Peignot: Ladislas Mandel (face) présentant les dessins de l’Univers Bold Extended à Adrian Frutiger (dos). Au premier plan, Lucette Girard. 1956. Photo Albert Boton.

Egalement enseignant à Paris-VIII, Mandel oeuvrait à la transmission du savoir typographique aux jeunes générations. Il était membre des Rencontres internationales de Lure et de l’Association typographique internationale. Il a légué sa collection à la bibliothèque de l’Arsenal et au Musée de l’imprimerie de Lyon. Il est l’auteur de deux ouvrages, Ecritures, miroir des hommes et des sociétés (1998) et Du pouvoir de l‘écriture (2004) publiés par les éditions Perrousseaux.

Credits

Par Jean François Porchez, typographe-créateur de caractères. Publié dans le journal Le Monde du 3 novembre 2006. Publié ici avec autorisation du journal Le Monde. Copyright 2006, tous droits réservés.

Liens

Ladislas Mandel, 1921–2006
Éditions Perrousseaux
László Mandel, 1921–2006, “en hongrois”:http://www.font.hu/b2/2007/02/11/mandel-laszlo-1921–2006/
Article en pdf à propos de son travail par Olivier Nineuil.